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(mis à jour mardi 18 novembre 2008 à 19:32)

17/03/2005

17/03/05 - 11:41

L'Union des illusionnistes, par Max Gallo

Il y a plus de dix ans, à Maastricht, les bonimenteurs ont donné leur première représentation et ont arraché quelques applaudissements du bout des doigts. Ils recommencent avec les mêmes tours, les mêmes anathèmes. D'un côté le Bien, de l'autre le Mal. Le oui c'est l'intelligence, le non c'est la bêtise, non pas l'expression du désir d'une autre Europe mais la nostalgie du chauvinisme, du totalitarisme et toujours la rancoeur d'une ambition rancie et déçue. Seulement voilà, le temps s'est écoulé, l'expérience est faite, les trucages dévoilés, les lapins ne sortent plus des chapeaux, on sait qu'on est au grand guignol. Les promesses des illusionnistes, ce «futur» de l'Europe, c'est déjà, pour les peuples, du passé !

«Quelle Europe voulons-nous ?» Une série du «Figaro» - Publié le 2 mars 2005

Assez de mensonges à propos de l'Europe ! Il faut les dénoncer puisque les illusionnistes sont à nouveau sur les estrades, à gauche, au centre, à droite, pour nous faire croire qu'une abstention massive à un référendum signifie un oui enthousiaste à la Constitution, pour nous faire rêver de châteaux en Espagne et nous faire acclamer leurs chimères.

Ils nous disent : l'Europe c'est la paix, la sécurité, des droits fondamentaux, un modèle social, la croissance, une monnaie forte, le contrepoids indispensable aux Etats-Unis, une puissance et une politique étrangère, conditions de l'équilibre mondial, un peuple européen de 450 millions de personnes où coexistent et sont respectées toutes les cultures, toutes les religions, toutes les races. Et, dans dix ou quinze ans, l'entrée de la Turquie parachèvera ce modèle ouvert, tolérant, harmonieux. L'Europe, économie sociale de marché, fédération d'Etats-nations, construction inédite, c'est le modèle envié et l'espoir !

Et ils ajoutent, dernier tour de passe-passe, que l'Europe, ce tout décisif, ce modèle, qui fixe la longueur des lacets et le taux du déficit budgétaire, ne relève pas de la politique ! C'est une idée pure. Applaudissez donc, braves gens ! Célébrez avec nous ce miracle : des peuples qui s'unissent pacifiquement pour n'en former qu'un. Et le non à cette Immaculée Conception, à cette Constitution, ce sera le chaos, le néant, la fin de l'espérance. Non pas un échec pour les élites aveugles, mais la mort de l'Europe.

Assez de ces entourloupes ! Il y a plus de dix ans, à Maastricht, les bonimenteurs ont donné leur première représentation et ont arraché quelques applaudissements du bout des doigts. Ils recommencent avec les mêmes tours, les mêmes anathèmes. D'un côté le Bien, de l'autre le Mal. Le oui c'est l'intelligence, le non c'est la bêtise, non pas l'expression du désir d'une autre Europe mais la nostalgie du chauvinisme, du totalitarisme et toujours la rancoeur d'une ambition rancie et déçue.

Seulement voilà, le temps s'est écoulé, l'expérience est faite, les trucages dévoilés, les lapins ne sortent plus des chapeaux, on sait qu'on est au grand guignol. Les promesses des illusionnistes, ce «futur» de l'Europe, c'est déjà, pour les peuples, du passé !

Sécurité, paix ? Le 11 mars 2004, terrorisme et massacre à Madrid. Aux Pays-Bas, on égorge un artiste mal pensant et les députés qui veulent clamer la vérité sont menacés de mort. Aux marges de l'Union européenne – mais en Europe, à Dubrovnik, à Sarajevo, à Belgrade, à Pristina – la guerre a eu lieu. Nous ne sommes, pas plus qu'ailleurs dans le monde, à l'abri de rien.

Modèle social ? Croissance ? En fait, record du nombre de chômeurs et déficit accablant de croissance. Pauvreté et inégalités en hausse. Recherche en panne.

Economie sociale de marché ? Elle s'appelle délocalisations, dumping social, inexistence d'une politique économique commune. Concurrence des productions extra-européennes : demandez aux patrons et aux ouvriers du textile !

Puissance, politique étrangère, contrepoids ? La crise irakienne a renversé les apparences. Chacun pour soi selon sa pente. Reste l'Otan, c'est-à-dire les Etats-Unis. Et comment à vingt-cinq ou à trente serait-il – techniquement – possible de définir des objectifs communs – sinon des phrases creuses – et de forger des moyens, de prendre des décisions ? Impuissance garantie alors que la Turquie admise, nos frontières seront – avec le Turkestan, l'Iran, l'Irak, la Syrie, la Géorgie – ces zones instables, ces plaies ouvertes.

Un peuple européen vivant dans l'harmonie ? Au vrai, dans chaque pays membre, on repère des tensions religieuses – avec l'islam –, un regain de racisme, de l'antisémitisme. Des manifestations chaque jour plus fortes du communautarisme ethnique et religieux. Qu'en sera-t-il au moment où la Turquie, avec son poids démographique, sera membre à part entière de l'Europe ? Car personne n'est dupe : tout est joué déjà. Les crédits ouverts. Le premier ministre turc présent à Rome au moment de la signature du traité constitutionnel.

Double jeu, cartes truquées : c'est exemplaire du fonctionnement de cette démocratie virtuelle et chimérique qu'est la démocratie européenne. Aucune constituante élue – mais une convention autodésignée – n'a élaboré le traité. En cas de refus par un peuple : on fera revoter. Giscard l'a annoncé : «Si les Français votaient non, il faudrait leur dire : vous avez un an pour réfléchir et vous pourrez revoter.» Faut-il s'étonner que cette démocratie d'approbation n'intéresse pas les citoyens ? A chaque consultation électorale européenne, les abstentionnistes sont de plus en plus nombreux. Mais peu importe aux illusionnistes. La salle est vide, mais ils continuent leurs tours de magie devant un peuple européen virtuel. Car il n'y a pas de peuple européen mais des peuples en Europe, enracinés dans des histoires nationales, une langue, une culture, des politiques, attachés à ce qu'on appelle une nation, lieu où s'exerce la démocratie, où se fonde l'identité, où se manifeste la souveraineté.

Or l'Europe, sous couvert de l'existence d'un peuple européen virtuel, déconstruit tout cela sans parvenir à bâtir autre chose qu'un marché, une bureaucratie et des chimères qui émasculent les nations, sans donner la puissance à l'Union.

Il suffit, pour démonter ce mécanisme, de regarder les billets de l'euro et d'analyser le fonctionnement de la monnaie européenne. Sur les billets ne figure aucun «vrai» monument de l'histoire européenne, alors que de l'Acropole à Notre-Dame, du pont du Gard au pont de Prague, ils sont innombrables et sont les témoignages d'une histoire complexe, d'une culture nationale, d'une foi. Mais les illusionnistes ont préféré à cette réalité une architecture européenne virtuelle. Par lâcheté, peur de choisir, ils ont refusé la vérité de l'histoire au bénéfice de ce rien, de cette chimère. Et cette monnaie sans âme, comment pourrait-elle devenir l'instrument efficace d'une politique économique répondant aux besoins, alors qu'elle est gérée par une Banque centrale elle aussi déracinée, ne dépendant que de l'idéologie de gnomes indépendants des gouvernements et des peuples ? Et l'on entend pourtant nos magiciens répéter sur les estrades que la Constitution mettra fin au «déficit démocratique» alors que les 448 articles et les 75 annexes de ce texte sacralisent cette démocratie chimérique et les politiques qui ont conduit à la stagnation économique, à la surévaluation de l'euro par rapport au dollar, ce qui ronge la croissance.

Cette Constitution – qu'on ne pourra réformer – tente de sanctuariser ce qui a été fait, empêchant ainsi, alors que le monde est en pleine transformation – une révolution ! –, l'adaptation des nations européennes à la nouvelle donne. Or le futur de notre continent – s'il veut rester vivant –, ce ne peut être cette illusion qui n'est déjà plus du passé. L'avenir dépend des liens que noueront quelques nations se retrouvant dans le décor des institutions européennes pour définir souverainement des projets communs précis. Comme le furent Airbus ou Ariane. Non par vanité des pays qui les composeront. Mais parce que la géographie, l'histoire, la politique le dictent.

La France et l'Allemagne sont – géographiquement – la colonne et la clé de voûte de l'édifice. Sans l'une d'elles, pas d'Europe. C'est un devoir européen d'oser affirmer, loin des phrases creuses sur l'égalité entre les nations – une évidence –, cette responsabilité majeure. Mais il faut d'abord dire non aux chimères et aux illusionnistes. Ils défont sans construire autre chose que des impuissances et des frustrations : des aberrations comme la directive Bolkestein qui organise la destruction des rapports sociaux au prétexte de libre concurrence. Et il y a pire dans l'ordre du symbolique.

Il était autrefois, au XIXe siècle, un patriote italien, Giuseppe Mazzini, qui se battait pour que naisse sa nation. Il avait créé la Giovane Italia puis en exil, en 1834, la Giovane Europa – la jeune Europe. Pas de contradiction pour lui entre patrie unifiée et souveraine et Europe. Naturellement, l'Italie fut l'une des six nations fondatrices de l'Union européenne. Mais il y a quelques jours le président de la Commission a décidé que les conférences de presse de cette Commission ne seraient plus traduites en Italien. Cette décision – bureaucratique – reste significative. L'importance de la langue de Mazzini – et celle de Dante dont La Divine Comédie exprime l'âme européenne – est niée comme ont été écartés les «vrais» monuments de l'histoire européenne sur les billets de l'euro. C'est la logique chimérique et destructrice de l'Europe des illusionnistes. Pour eux, le faux c'est le vrai. L'impuissance la puissance. L'Europe la Turquie. L'italien un idiome parmi d'autres. L'abstention l'enthousiasme.

Mais ils ne savent pas encore que leur futur c'est déjà du passé.

commentaires

17/03/05 - 12:10

D'accord avec toi dans l'ensemble. Le problème de ceux qui vagissent ici sur l'Europe, en se réfugiant derrière des mots d'ordre partisans, c'est qu'une dimension leur échappe totalement ou, pire, leur indiffère: la dimension symbolique. Si l'on exclut celle-ci, en effet, pourquoi se contenter de l'Europe et ne pas construire le marché MONDIALl - oh, pardon, que dis-je? C'est déjà fait...

17/03/05 - 13:25

Excusez-moi, j'ai lu "Max Gallo" au début du texte, alors je me suis dispensé de lire ce texte.

Hihihi :)

17/03/05 - 15:22

Ce texte est anti Turquie, plus qu'anti constitution.

Par ailleurs, ce texte n'est-il pas anti européen tout court?

17/03/05 - 15:23

"C'est la logique chimérique et destructrice de l'Europe des illusionnistes. Pour eux, le faux c'est le vrai. L'impuissance la puissance. L'Europe la Turquie. L'italien un idiome parmi d'autres. L'abstention l'enthousiasme. "

????

17/03/05 - 15:24

C'est de la littérature... (au sens négatif du terme)

17/03/05 - 15:24

Par ailleurs, la dimension symbolique existe en Europe, je ne comprends pas ton argument Ronans.

17/03/05 - 16:12

Ouais, c'est ça VERDi : Victor Emmanuelle Rei de Italia...

18/03/05 - 22:49

Chapi a tendance à dénigrer qui dénigre l'Europe. Il fait de l'Europe et du "oui" à la constitution une affaire personnelle. Qui dénigre l'Europe dénigre Chapi. Aussi, n'est-il pas étonnant que Chapi porte des jugements sur les personnes au travers de jugements sur leurs écrits quand ces derniers dénigrent la constitution telle qu'on veut nous la faire accepter.

Chapi s'attaque donc aux personnes et ne comprend pas qu'on finisse par s'attaquer à lui quand ces personnes en ont assez qu'il leur parle avec condescendance et mépris.

Comme Chapi a lu le texte (lui !), et qu'en plus il a tout compris (qu'il est intelligent Chapi !), il se donne le droit de mépriser "à haute voix" ceux qui ne pensent pas comme lui, en leur jetant à la figure des propos qui frisent l'insulte dans laquelle il s'enlise rapidement quand on lui tient tête avec audace. Il s'emballe, interprète et dénature les propos qu'on tient sur l'état des choses en matière d'Europe, pervertit tout cheminement de la pensée qui n'est semblable au sien.

Chapi est un crypto-fasciste de la pire des espèces, de la nature de ceux qui, bien que faisant partie des socialistes d'avant la seconde guerre mondiale, se sont accomodés d'un odieux commerce avec l'occupant nazi (ceci est une analogie). Chapi est un émule de cette Europe totalisante crypto-totalitaire !

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Manifeste français des bisexuelles et des bisexuels


De l'identité bisexuelle :

La bisexualité existe. Elle existe parce que nous, bisexuel-le-s, déclarons l'être. C'est un sentiment d'être au monde avant d'être un style de vie.
Nous sommes attirés affectivement ou sexuellement par des personnes de tout sexe et de tout genre sans nécessairement avoir de pratiques sexuelles, et nous l'assumons.
Nous aimons vivre nos désirs, nos plaisirs, nos amours successivement ou simultanément.
Nous les vivons - comme les autres - de façon permanente ou transitoire. Nous nous octroyons un large choix de possibilités sexuelles (de la virginité au multipartenariat).
Nous ne différons des personnes monosexuelles que par cette double attirance.
Parmi nous, certain-e-s vivent leur bisexualité comme un choix, pour d'autres, elle va de soi. Ce que nous partageons, c'est la volonté de l'assumer.

De la dignité bisexuelle :

L'identité bisexuelle n'est ni plus digne ni moins digne que les identités hétérosexuelle et homosexuelle.
Pour nous, la liberté ne consiste pas seulement en ce que l'on peut choisir sa vie, mais aussi en ce que l'on peut en changer. Cette liberté-là nous expose à la biphobie.
Nous sommes pleinement responsables à l'égard de nos proches et de la société. Simplement, nous ne pouvons nous accomplir si nous devons sacrifier notre identité bisexuelle.

Comme beaucoup de citoyen-ne-s lucides, nous remettons en cause la domination masculine et la norme hétérosexuelle prépondérante.
Nous luttons contre toute hiérarchie des genres et contre l'ordre normatif masculin qui impose la marginalité aux personnes homosexuelles, bisexuelles, transsexuelles et transgenres.

Nous refusons également la nouvelle normativité gaie et lesbienne, qui voudrait réduire la sexualité aux deux seules catégories hétérosexuelle et homosexuelle.
Nous sommes pour une bisexualité qui permette à chacune et à chacun de vivre ses désirs sans être stigmatisé(e).
À cette fin, par notre visibilité et par la valorisation de modèles bisexuels, nous nous employons à prévenir le désarroi des plus fragiles d'entre nous.

Afin de réduire les multiples difficultés (sociales, familiales, économiques) entraînées par ces discriminations, nous nous élevons contre la catégorisation des comportements sexuels et affectifs décrétée par les pouvoirs (religieux, médical, juridique, médiatique, etc.)

Des droits des bisexuel-le-s :

Nous exigeons :
d'être reconnu-e-s comme bisexuel-le-s quelle que soit notre situation passée ou actuelle
de voir la bisexualité considérée au même titre que les autres sexualités
de pouvoir vivre nos inclinations affectives ou sexuelles sans avoir à les justifier
de pouvoir fonder la famille de notre choix (célibat, couple, multipartenariat) et dans tous les cas de voir reconnu notre rôle éventuel de parent
des espaces où il soit possible de s'exprimer, d'échanger et de partager des expériences avec d'autres personnes bisexuelles
des médias qu'ils rendent compte de l'existence des bisexuel-le-s au même titre que celle des hétérosexuel-le-s et des homosexuel-le-s
que les politiques d'éducation et de prévention - notamment en rapport avec les Maladies Sexuellement Transmissibles - traitent la bisexualité avec le même respect et la même importance que l'hétérosexualité et l'homosexualité.

Par ce manifeste, nous nous déclarons solidaires de toutes les personnes dont la sexualité est injustement marginalisée, réprimée ou exploitée.
Nous défendons le droit à une sexualité sans honte, sans rejet, sans violence. Respectant chacune et chacun dans sa différence, nous, bisexuel-les-s, luttons pour la liberté de toutes et de tous.